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La limerence #4: Le mythe de la sacro-sainte pénétration

Bonjour toi. Ce nouveau fragment tout chaud, je ne savais pas trop comment l’introduire. Mais voilà, c’est fait. Vous l’avez ? On va parler sexe. Oui. Tu l’as bien compris. Aujourd’hui on debunk le mythe de la sacro-sainte pénétration. Et celui de la grosse bite au passage.


L’idée reçue encore trop répandue est qu’un bon gros phallus permettrait de faire jouir sa ou son partenaire lors d’une pénétration. Alors, déjà, permettez moi de vous dire que, dans un rapport tradi cis-hétérosexuel, les hommes orgasment bien plus souvent que les femmes. Quelles conclusions en tirer ? Vous avez deux heures.


Le discours petit pénisversus gros pénis n’est rien d’autre qu’une valorisation patriarcale d’une fierté masculiniste basée sur une roulette russe génétique. Pourquoi devrait-on de facto respecter les personnes soi-disant « bien montées » plus que les autres ? Est-ce vraiment un gage de courage ? Permettez moi d’en douter : je connais des individus dotés d’un petit engin, voire no engin du tout, soulever des montages de bravoure.

En fait, il s’agit ici de faire de toi arbitrairement, si ton entrejambe n’est pas à la hauteur, un individu dont l’existence a moins de valeur, car seule la virilité mériterait le respect. On peut donc se permettre de t’humilier, toi la ou le sous-Homme, et au passage te vendre un gros Hummer, ou un chouette moulinex, pour t’aider à compenser.
Et pourtant, le phallus n’a rien à voir avec la virilité ou le genre. Certaines femmes ont une verge, et peut être même bien plus grosse que celle de Jean-Mi-mâle-alpha.
Ce qui m’amène au fait que non, la pénétration, n’est pas obligatoire, ni la seule pratique sexuelle digne d’intérêt, au contraire. Alors pourquoi est-elle autant valorisée ?


On peut commencer à chercher des réponses dans l’image même de la virilité : l’homme tirerait son statut de la force, de l’instinct guerrier, de l’envie de conquête et de la filiation, d’où un tabou autour de l’impuissance. Alors on prouve qu’on est un vrai mâle en colonisant inconsciemment l’espace dit secret, sacré, du vagin. Par ce geste on asservit symboliquement le réceptacle, traditionnellement la femme, et on la fait sienne dans une dynamique de domination et de soumission. La femme est ainsi culturellement considérée comme un ventre, un système de reproduction, une mère.


Hors des clous, elle devient rapidement une déviante à bien punir. D’ailleurs jusqu’aux environs de dix sept cent cinquante, la sexualité non procréative était pénalisée en France. Donc oui, là, si l’objectif ultime du rapport est de se reproduire, go full péné. C’est en effet la voie à emprunter. Cependant, inconsciemment, même lors de rapports récréatifs, le schéma conservateur hétéronormatif reste le suivant : préliminaire, pénétration, finalité de l’orgasme et de l’éjaculation.
Alors oui, c’est super-bandant pour certains/certaines, mais il y a milles autres scénarios possibles et imaginables. Le préliminaire et les jeux divers, c’est aussi de la vraie sexualité, et peuvent être un aboutissement en soi. D’ailleurs, si on y réfléchit, le premier organe sexuel, ne serait-ce pas plutôt le cerveau ?
Le rapport pénétro-centré peut générer énormément de pression : il faut bander sur commande, bien mouiller, durer super longtemps, jusqu’à jouir obligatoirement.


On est loin de la sinécure en transformant le plaisir en performance, que le corps suive ou non. Et pourtant, la panne, ou le vaginisme, en quoi c’est grave ? Et même si l’orgasme, on adore, l’important in fine, c’est le plaisir, la satisfaction émotionnelle d’un moment d’échange à un, deux, trois ou même quinze.
L’érection parfaite et la puissance sexuelle ne font pas l’homme, et, niveau plaisir partagé, le bon vieux ramonage, ce n’est pas forcément le graal. En effet, le vagin possède peu d’endroits sensibles. Le plaisir dit vaginal est avant tout clitoridien, et il s’apprend, se construit. Pourtant Freud a imposé à nos subconscients que la maturité sexuelle de la femme serait d’atteindre un orgasme vaginal.. En gros, on s’est fait mansplainer notre plaisir pendant des décennies.


Câliner, s’embrasser, se lécher, doigter, sucer, caresser, jouer, pianoter… La peau, l’aine, le cou, les aisselles, les doigts, le dos, les seins, les pieds, les fesses… Bien stimulés, les corps tout entiers sont un empire des sens, une zone érogène sans limites. Alors affranchissons nous des biais du vieux monde réac, libérons nous de nous même, soyons créatifs, et explorons hors des sentiers battus, sous réserve de consentement, bien évidemment.
Promis, baiser n’en sera que meilleur.


Et puis, si le sexe ce n’est pas ton truc, ben c’est OK aussi. Bye bye injonction à la sexualité pour se sentir exister.
Merci à toi pour ce moment de plaisir, que j’espère partagé, et je te laisse aujourd’hui sur un morceau tout en doigté d’FKA Twigs. Bisous, si consentis, et à la semaine prochaine.

Retrouvez l’intégralité de SUICIDEFM #16:

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