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La Limerence #2: Dédramatiser la notion de privilèges

Bonjour toi. Nouvelle semaine, nouveau fragment : aujourd’hui je t’emmène au pays merveilleux du privilège. Allez viens, on y est bien !


J’imagine l’angoisse se dessiner sur certains visages, à l’idée de se farcir trois minutes de discours
féministo-gauchiasse sur cette notion // ô combien clivante et agaçante. Ne t’en fais pas, reste ! Ça se trouve, tu apprendras un truc ou deux.
Je me rappelle de cette phrase collée sur un mur du dix-huitième : « Le privilège, c’est quand vous pensez que quelque chose n’est pas un problème, parce que ce n’est pas un problème pour vous personnellement».
Alors le redouté privilège, cette accusation infamante, souvent proférée par des hordes de woke trigger jusqu’à la moelle, c’est quoi ?
Dans le dictionnaire, c’est un avantage, ou faveur que donne quelque chose. Par exemple : être blanche, en France aujourd’hui, ça ne me pourrit pas la vie : c’est un privi.


Concrètement, c’est juste un réseau d’éléments factuels // race, genre, classe et caetera // qui permet de nous situer les uns/les unes dans la pyramide, oserai-je dire oppressante, du système patriarcal. Une hiérarchie de bonus et de malus. Si quelqu’un check tes privilèges, en soi, iel ne t’accuse pas forcément d’être une mauvaise personne. Ce n’est pas non plus dire injustement que ta vie est de facto facile. Le terme a cristallisé énormément de sentiments négatifs et fait souvent réagir de manière très émotionnelle. Rationalisons tout cela pour mieux éviter la crise existentielle :
Des privilèges il y en a tellement que la plupart d’entre nous peuvent en cumuler plus d’un. On a le sacro saint top quatre, aka le HSBC : Homme Straight Blanc Cisgenre. C’est drôle, parce que c’est aussi une banque et que, pour le coup, riche, c’est aussi un privilège.
Sur ces 4 gros avantages, j’en cumule déjà trois : je suis blanche, hétéro et cis. On me le rappelle souvent, quand ce n’est pas moi même qui le fait. Je pourrais en lister d’autres : être une personne valide, ou un certain pretty-privilège, mais ça va vite devenir relou et je ne vais plus pouvoir passer les portes.
Plus sérieusement, checker ses privilèges dans des situations du quotidien, c’est avant tout un exercice d’humilité. En avoir ou en manquer dans notre système actuel permet de reconnaitre des oppressions qu’on subit, et plus crucial encore, celles que l’on fait subir.
Je l’analyse un peu comme le départ d’une course d’obstacles, dont les participants auraient au hasard // zéro, un ou plusieurs poids attachés aux pieds. De ce fait, certains / certaines auront à redoubler d’efforts pour égaler le rythme de croisière d’autres, moins lestés au départ.
Vouloir s’affranchir de ce système, c’est vouloir tendre vers une société horizontale, peut être un peu utopique, dans laquelle chacun / chacune aurait seulement à se préoccuper des obstacles de la vie, sans avoir à gérer // en plus, des entraves aux critères arbitraires, comme l’orientation sexuelle, ou la couleur de la peau. Donc yes, tu peux être un happy few HSBC et en chier au quotidien. Personne ne remet ça en question. Imagine juste, si, en plus de tes galères, tu avais à gérer le fait d’être queer dans une société binaire hétéronormative, ou racisé dans un système où blanc est la norme.


S’interroger sur les privilèges est un moyen de prendre conscience de la place qu’on occupe dans notre société. Il est donc important de les identifier, pour mieux se positionner // au sein, ou par rapport à une lutte. Il s’agit là simplement de respecter la parole des concernées, et de baser des revendications sur leurs expériences factuelles. Admettre ses privilèges c’est devenir un véritable allié, en apprenant à se taire, à laisser aux autres la place d’exister et de s’exprimer. C’est aussi savoir reconnaitre quand c’est à nous de participer, d’aider, sans s’accaparer tout l’espace. Ce n’est donc pas une course à la victimisation, ni à la haine du mieux loti. Bien appréhendé, le privi-check est avant tout une forme de bienveillance. En clair, on apprend à ne plus écraser l’autre sans s’en rendre compte. On s’entre-écoute, et encore une fois, on crée des ponts entre nos réalités. Merci à toi d’avoir pris le temps d’écouter ma diatribe . Pour ne pas te laisser en PLS après tout ça, je te quitte avec un petit cookie musical bien mascu-toxique pour ta peine. Je vous laisse avec la techno-booty de DJ Assault. Allez, bisou, et à bientôt !

Retrouvez l’intégralité de l’émission SUICIDE FM#14:

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