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« Pourquoi mon enfant ne pourrait-il pas déterminer lui-même son emploi du temps ? »

Voici mon premier édito pour Usbek & Rica en remerciement de leur soutient pour la promotion de l’émission de radio: “C’est quoi l’école idéale” // LE TEXTE EST DISPONIBLE ICI SUR LEUR SITE.


Quand je pense école, les flashbacks arrivent vite. Ils sont accompagnés de sentiments électriques, mélange d’injustice, de frustration, de joie, de révélation, d’amitiés fortes, d’images floues de profs fous furieux. Aujourd’hui, je constate que j’ai passé beaucoup de temps à déconstruire tout ça. Cette méta-structure que je pense carcérale. Alors, quand mon fils de 3 ans et quelques centimètres sur le chemin de l’école, à 8h22 le 23 septembre me demande : « Dis Papa, pourquoi il faut se lever si tôt pour aller à l’école ? », après une dizaine de pas, plutôt que de lui répondre : « on passe tous par-là », je lui ai dit qu’on allait trouver une solution pour faire autrement la rentrée prochaine.

Apprendre la Liberté

Mes parents m’ont toujours mis la pression pour que je sois un bon élève. Pour que je réussisse, devienne un winner, plus fort, premier quoi ! Je suis fils unique et m’appelle Xavier, je devais faire l’X, comprenez Polytechnique.

« Élevé comme Falco le chien champion de la pub Royal Canin, j’ai dû apprendre le latin et l’allemand en première langue. J’ai tenté un bac S spé maths, car je devais faire prépa HEC et HEC juste avant l’X, of course »

Élevé comme Falco le chien champion de la pub Royal Canin, j’ai aussi dû apprendre le latin et l’allemand en première langue. J’ai tenté un bac S spé maths, car je devais faire prépa HEC et HEC juste avant l’X, of course. Je vous passe le détail de la fiche socio-professionnelle de mes géniteurs, mais il m’a fallu attendre de la latitude pour choisir ma voie, suivre mes désirs, devenir maître de mon chemin. Ce ne fût pas simple mais j’y suis arrivé, enfin je crois.

Je suis chef d’entreprise, travailleur indépendant, tout comme la mère de notre enfant, avocate. Tous les deux, nous nous considérons comme libres : libres d’organiser notre temps, libre de choisir nos clients, libre de faire ou de ne pas faire. Partant de là, pourquoi mon enfant, ma descendance, ne pourrait-il pas déterminer lui-même son emploi du temps ? Pourquoi ne profiterait-il de notre pénible et long travail d’auto-détermination ? Depuis sa naissance, j’ai toujours pris soin, comme avec mes amis et mes proches, de l’écouter, de comprendre ses envies, ses besoins.

Une autre école est possible 

Dès le début de notre quête d’une « autre école », nous sommes, après quelques rapides recherches, tombés sur les « écoles alternatives » et sur un établissement nommé : « L’École Démocratique de Paris » (EDP). C’est une école libérée des programmes, des contrôles, de la hiérarchie où les enfants décident avec les adultes, démocratiquement.

Multi-âge, elle accueille et mélange les enfants de 4 à 18 ans. Ici, la quête, c’est l’autonomie de l’enfant, mais à son propre rythme. L’établissement privé propose à Mains D’Œuvres « une journée pour repenser l’école ». Nous y rejoignons une trentaine de personnes dans une salle de projection feutrée. Plusieurs intervenants se relaient et les bases sont posées : l’enfant est un être naturellement apprenant, il est capable dans un cadre sécurisant de déterminer son parcours, de s’auto-diriger.

« Le monde a changé mais l’école publique est assez similaire à celle que j’ai connu il y a 30 ans. Certes, il n’est plus autorisé de taper sur les élèves. Mais, ils passent beaucoup de temps assis à faire des trucs qu’ils n’ont pas décidé »

Rassurés et séduits par le cadre, le staff et le fait que notre enfant soit en maternelle, nous décidons ensemble de l’inscrire pour la rentrée prochaine.

Le monde a changé mais l’école publique est assez similaire à celle que j’ai connu il y a 30 ans. Certes, il n’est plus autorisé de taper sur les élèves. Mais, ils passent beaucoup de temps assis à faire des trucs qu’ils n’ont pas décidé. Et c’est la récréation, le défouloir, les cris libres. Et retour en boîte.

Comme avant, il y a toujours les même profs, mandarins sans uniformes, les mêmes inspecteurs qui tombent à pic, et les mêmes directeurs qui dirigent et font peur aussi… c’est du broadcast vertical, du « one to many ».

Dans les années 2000, 1950 ou 1990, le monde du travail ressemblait à ça : peu de liberté, bien travailler pour gravir les échelons, exécuter : le monastère et le travail en silence. Comme a dit Macron le 1er juillet 2021 au sujet du si choquant « crop-top » : « tout ce qui vous renvoie à une identité, une volonté de choquer ou d’exister n’a pas sa place à l’école ». CQFD : le bon élève est un élève docile, sans identité, comme un bon salarié. À mon goût, personne dans cette équation ne semble très sage ou intéressé par ce que vivent les enfants d’aujourd’hui : les digital natives. Nos so called dirigeants sont has-been, réactionnaires.

Croire coûte que coûte

Alors après deux saisons dans son école démocratique, deux années très intenses, je me rends compte à quel point parler d’une école différente est éminemment politique. C’est un engagement. Et face aux boomers ou à de vieux jeunes de type macronistes : c’est un combat. Car les charges ne se font pas attendre et elles fusent. Le sujet tend. « Je ne mettrai jamais mon enfant là-dedans !  », « Tu cherches toujours à te faire remarquer, tu ne veux pas penser à ton fils d’abord, faut bien qu’il apprenne à lire ! ». Comme si l’on parlait de quitter l’église, il y a 150 ans.

« Quelles sont les preuves qui portent encore la croyance que l’école de la République fonctionne ? »

Du coup, je me demande quels sont encore les éléments qui font penser que l’école de la république est une réussite, un modèle qui fonctionne comme La Solution. Monothéisme. Quelles sont les preuves qui portent encore la croyance que cela fonctionne. Les gilets jaunes ne sont-ils pas des cars de gentils doux élèves qui se retrouvent à moins bien vivre que leurs anciens ? On leur aurait menti ?

L’émission de 6 heures: C’est quoi l’école idéale ?

L’emploi est mort, vive le travail !

Nous sommes en train de vivre coup sur coup deux révolutions industrielles. Deux hyper-accélérations. Le rapport à la connaissance a changé, le savoir est disponible partout tout le temps. L’Hypertexte a remplacé le Livre et le Multimédia est roi. Nous sommes en 2021 ! Au 3e millénaire, travailler n’est plus souffrir et obéir, les robots brillants et dociles assurent les tâches pénibles et répétitives. Travailler c’est faire ce qui nous correspond, transformer le monde avec son savoir-faire. Travailler c’est exister. Le monde a vrillé et nous sommes liés. Mobiles, à distance, en co-working, dans une entreprise personnelle ou libérée. Nous travaillons de manière horizontale, autonome, agile parfois, en réseau et c’est l’humain qui est au centre : son bien-être, ses idées, ses doutes, ses temps libres, c’est du « many to many », ça échange à plein, c’est souple et ça va très vite.

« Horrible et intéressant constat : nous traitons les enfants comme les femmes avant la libération sexuelle qui fût la leur dans les années 70. Peut-on imaginer un jour, un respect mutuel pour ces personnes de petite taille ? »

Il est donc temps de « libérer les enfants ! » pour sauver les adultes. En effet, quand il est question de ces « presque-humains », j’ai l’impression de toujours entendre les mêmes arguments. Ceux-là même évoqués il y a maintenant longtemps pour défendre la liberté et l’autonomie des femmes : « Il faut comprendre que les enfants ne sont pas la propriété de leurs parents », « Les enfants ont le droit de choisir ce qu’ils veulent faire ! », « Les enfant savent ce qui est bon pour eux  », « Leur corps leur appartient » … Horrible et intéressant constat : nous traitons les enfants comme les femmes avant la libération sexuelle qui fût la leur dans les années 70. Peut-on imaginer un jour, un respect mutuel pour ces personnes de petite taille ?

Se taire et laisser faire

Je pense à Greta Thunberg et à sa grève pour le climat. J’imagine une grève globale des enfants. Tous conscients, engagés car éclairés. Une révolution portée par les plus âgés et nourrie par les plus jeunes et quelques adultes triés sur le volet. Ensemble ils crient «  C’est nous les héros ! », le titre de ce film où l’on explique aux enfants, qu’ils sont « la génération responsable », que l’espèce humaine est menacée, que leurs parents ne peuvent plus rien pour eux, qu’ils sont fatigués. Ici et maintenant, ils doivent prendre le présent en main pour assurer leur avenir. Partant de là, comment continuer à imposer cette pression, cette croyance que tout va bien se passer à des enfants dont nous savons pertinemment que l’avenir est compromis écologiquement. Au nom de quoi ? De qui ? Pour continuer à dire j’ai raison ? « How dare you ! » Comment osons-nous continuer à nous croire propriétaire de nos enfants ? À ne pas les laisser libres de choisir ?

Pourquoi ne pas les laisser tranquille pour les quelques années qui restent de légèreté, de vie dans ce monde connu où les choses naturellement tournent encore apparemment rond. Laissons-les nous surprendre.

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Source
Usbek & Rica

Xavier Faltot

Xavier Faltot @xavierfaltot @mcmparis @lacontroverse Dans la radio, les magazines, la télé, la rue, le web, et les clubs, en 20 ans, il est passé maître dans l’art du média expérimental. Il joue et compose avec les technologies, les flux et les publics. Hackeur du réel, il travaille à générer des chaos sympathiques, des zones franches où tout se lie et se publie. C’est là qu’il sculpte ses visions d’une société post-capitaliste, post-spectacle. Un endroit où se libérer et briller sans s’éblouir. Il est reporter, gonzo journaliste, VJ Xavier Society for the Blind, le fanzine Le Guide Du Renard, le Xavier de Youtube, le gérant de La Controverse, l’inventeur de La Chambre à Air, le co-créateur de Radiomarais, gangsterreradio.org, RADIO23, democrakidsradio.org, fistfm.org ou encore la cellule multi-média de Le Consulat.
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