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Le Point J #1: LE CINÉMA DE MANDICO

Le point J par Joséphine Domingues extrait de l’émission SUICIDE FM #8

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Les garçons sauvages

Merci à Camille et Xavier de m’accueillir dans leur studio où je n’y ai encore aperçu aucune trace de corde ou autres pierres à glisser dans les poches, il semblerait que vivre est de mise sur suicide FM, casqué plus que masqué, pour des bouches libérées.

Je vouerai un culte à la culture d’une part au cul d’autre part, parlons peu parlons cru comme certaines paroles que l’on retrouve dans l’univers de celui que j’évoquerai aujourd’hui. C’est une brève liste, non exhaustive, je vous invite donc à googler, ou prendre un abonnement à la plateforme plus éthique que Netflix, qui se prénome MUBI ! afin de découvrir certains films de Bertrand Mandico !

Réalisateur français, qui a fêté ses 40 ans il y a peu, promis si je reviens faire une chronique je ne parlerai pas que d’homme-blanc-cisgendre; d’ailleurs il collabore avec Élina Löwensohn pour la majorité de ses films, ils ont même écrit des manifestes ensemble ! Puis bon, même s’il est chevelu, barbu ça reste un dandy déglingue plus queer qu’étriqué, fétichiste des écharpes et du cuir au format veste. Bertrand Mandico nous annonce bien plus une danse rituelle aux notes BDSM qu’une valse pointée à rythme trinaire, quoique le chiffre 3 puisse évoquer des plans chauds avec Bertie.

Fétichisme organico-cinématographique sans aucun doute, je tenterai d’aborder son œuvre onirique, érotique, fantasque, dégoulinante et poétique en invoquant tout d’abord des fumées voluptueuses et vaporeuses, une ivresse écranique (se dit de ce qui est en rapport avec l’écran, source wikipedia, j’ai vérifié). Deux jeunes femmes amoureuses, langoureusement distantes, voici l’ouverture du moyen métrage Ultra Pulpe, qui fut ma première rencontre avec la magie Mandicale (je n’ai pas trouvé sur Wikipédia) ! Une main pénétrant une roche, avant-arrière répétés, des fesses remuantes, droite-gauche, sur le son d’un jeu vidéo, puis toute proche une tension lascive, elles s’embrassent puis la voix de Joy, elle nous emporte dans un scénario sensuellement dérangeant, liquides coulants, maquillage débordant, corps nus et terre volcanico-lunaire, un cinéma à muses déconstruites et actives, des caresses sans genre, un nécrophile liquoreux, puis le téléphone ardent, cet homme à genoux, la fin d’un acte.

Souvent courtes ou moyennes les réalisations de Bertrand ne se font presque jamais sans Élina Löwensohn. Leurs protéiformités s’assemblent à merveille au creux d’une atmosphère souvent colorée, saisissante, incandescence naissante, en extérieur comme en intérieur, cabaret-cabinet dans Prehistoric cabaret, où Élina danse de sa voix et glisse délicatement dans son anus un objet jouet à sexe qui lui permettra de réaliser entourée d’hommes une coloscopie, ce qu’elle aurait également pu accomplir avec l’objet-créature qui convoite la jalousie de deux femmes dans Notre Dame aux hormones. Elles sont éprises de ce « truc » non identifié ni identifiable, boule visqueuse à la couleur de la chair, poilu de cheveux longs emmêlés et crasseux, pourvu d’une trompe aux allures d’une saucisses-merguez ou d’une bite selon vos perceptions et sensibilités, qui offre une continuité expressive à cette créature du désir gémissante et adorablement répugnante.

Des décors chamarrés, strasses, paillettes et volupté, humain-objets, corps-objets, homme-statut, femme-lampe, humain-nu, flore pétulante, vaisselles aux transparences liquides-douteux, un amour inconditionné pour la chose « qui console les âmes tourmentées » de ces deux actrices de théâtre se transformant elles-mêmes en créatures de chair s’unissent, dans le creux d’un triolisme troublant, avec et sans pénétration, sans vergogne et avec passion, à cette bête non-humaine trop humaine.

Une bête qui aime sûrement les seins tout comme le personnage dans Souvenir d’un montreur de sein, interprété fabuleusement par Élina, court en noir et blanc, elle face caméra qui nous parle, pourtant sa voix est ailleurs, décalée, poésie qui nous raconte le déploiement des formes de deux seins vivants indomptables, aux téton poussés en pieds, à leur cœur-oreille, et leur habit de porcelaine fleurie, elle danse avec ses mains, danse avec les traits de son visage, tel les masques d’une comedia dell arte, gestuelle sous tension avec des ex voto résineux, des parties du corps en flux, seuls les seins demeurent.

Souvenir d’un montreur de sein

Mon temps s’est écoulé, je vous remercie et je vais moi aussi aller sonder mes seins pour en faire offrande à la déesse Sekhmet et ainsi peut-être apaiser sa colère, puisse-t-elle enfin sonner le glas de ce virus à couronne solaire !

Retrouvez le cinéma de MANDICO sur MUBI

ULTRA PULPE (2018)

NOTRE DAME DES HORMONES (2014)

PREHISTORIC CABARET (2013)

LIVING STILL LIFE (2012)

BORO IN THE BOX (2011)

L’avenir est femme, l’avenir est sorcière »

Les garçons sauvages

Pour moi les sorcières sont des femmes qui se prennent en main, des femmes qui ont le savoir, pas vraiment la sagesse parce que ça casserait un élan de liberté, mais une pulsion d’indépendance.

Les garçons sauvages

SUICIDE FM #8

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