Je me souviens de ma première fois, j’avais dix-sept ans, nous sommes en 1995. Je suis assis par terre dans le coin d’un appartement messin. Mon pote allongé sur son lit sous sa couette, face à moi, me propose un quart de trip. Je ne sais pas ce que c’est.
J’ai goûté pour la première fois à un XTC il y a un mois. J’avais aimé, découvert comment la musique électronique résonne en moi. Cette sensation très forte que la danse va faire partie de ma vie, ce bonheur sorti de nulle part. Cette légèreté, cet humour, cet amour, cette force de vie. Je crois que j’ai ressenti comme une renaissance sous une grosse couverture de chaleur dans laquelle je suis tellement bien. Je danse et je pense. J’abats des murs de réflexion, je saute d’une idée terminée à une autre plein d’enthousiasme. J’ai l’impression de me reformater, de me créer. De construire les bases de ma personne adulte, adulte en rave. Je me dis de manière très claire et inoubliable aussi : « Tu es le premier sur ton chemin, tu seras souvent seul, tu es unique, continue à avancer. »
J’ingère un quart de Panoramix 500, il a des Bart aussi, « c’est un double face » me dit le pote de mon pote. « Ça fait 125 microgrammes. » Je colle ça sur ma langue. Je ne le garde pas trop longtemps. « Ça abîme les dents ! » Je bois une gorgée d’eau. Y en a pour trente à quarante-cinq minutes. « T’as mangé y a combien de temps ? » J’avais déjà croisé un gars qui en avait pris. Il était tellement cool et drôle que j’avais très envie d’essayer. J’ai vu le film Le Péril jeune aussi. Je me souviens de la scène « Ça fait rien votre truc », et de « On se regarde jamais proche ». Je cligne des yeux en toute confiance. Je suis comme soulevé. Allégé. Pris par une vague d’énergie douce et acide à la fois. Je suis présence au monde. Je ressens les choses. Tout est vrai, je saisis, saisi tout aussi ou autant.
Très vite, je cours sur un terrain de foot immense. Mon corps est tenu par des barres de métal gigantesques. Nous jouons au baby-foot dans un café en vitrine au centre-ville. Je suis dans un rapport au monde complètement différent de ce que j’ai connu jusque-là. Sur le terrain je vis entre deux espaces-temps. Temps qui change entre-temps. Tout de rouge vêtu, je suis dans le baby-foot. Au ralenti, je suis concentré dans la précision du geste et du jeu de jambe. Puis et alternativement, tout va très vite, je comprends tout, je vois tout de haut, je suis un super marionnettiste qui joue la meilleure partie de baby-foot de sa vie.













