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#LALIMERENCE 6: FÉTICHISATION

Extrait de l’émission SUICIDE FM #18

Coucou toi ! Au programme aujourd’hui, je te propose de déconstruire en toute bienveillance les biais intériorisés de certains fantasmes, et d’amorcer ensemble une réflexion autour de la fétichisation des êtres humains pour leur différence.

Le terme « Fétichisme » vient de l’adoration des fétiches. Le mot est né il y a fort longtemps, lorsque les Portugais ont commencé à faire leurs promenades de santé sur d’autres continents. Le terme « feitiço » (traduction : artificiel ou sortilège) est utilisé pour définir les objets adorés par les populations non-occidentales. Hello passif étymologique colonial et péjoratif.

Les langues évoluent, et comme l’humain aime bien dévoyer les choses, le terme fétichisme va prendre une tournure sexuelle au 19ème siècle. En 1887, Alfred Binet publie « Le Fétichisme dans l’amour » et introduit, je cite : « l’excitation génitale intense pendant la contemplation d’objets inanimés.» Plus ou moins toléré selon les cultures, cette définition inclut le partialisme ( un focus sur des parties spécifiques du corps, comme tes adorables petits petons ) ou autour d’objets, matières etc. Jusque là tout va relativement bien sous le soleil.

Tu me vois venir je le sais. C’est l’heure du cassage d’ambiance réglementaire.
Malheureusement, cette inclinaison sexuelle, légitime en soi, est aujourd’hui trop souvent naïvement pervertie, tous genres et sexualités confondu.e.s, par les biais de notre société et les clichés discriminants qui y pullulent.

« J’aimerais trop coucher avec un/une noir.e, asiate, trans, gros/grosse» …
Flatteur, la jungle fever ? Mmmmh nope, pas quand on y réfléchit. La curiosité et l’ouverture, on adore, bien évidemment. Mais insidieusement, ce qu’il se passe ici c’est qu’on objectifie malgré nous une personne, en créant une fixette purement sexuelle.
On néglige l’individu multiple et complexe qu’iel est au delà de son enveloppe charnelle.


Le désir n’est pas toujours un compliment, et quand il chosifie des minorités, il devient politique.
Quelque part, ne projetterions nous pas un fantasme occidental et normatif sur ces corps hors de notre norme, justement ? Les stéréotypes, même quand ils se veulent naïvement bienveillant, désindividualisent la personne, la réduisant à sa condition.


Femmes asiatiques soumises et mystérieuses. Hommes noirs bien montés et bestiaux.
Piment d’une expérience avec une femme à pénis… On uniformise ainsi, sciemment ou malgré nous, un spectre pourtant infiniment varié de vécus et d’identités. Cela ne vient pas de nulle part. On fige inconsciemment dans nos partenaires un biais issu de leur représentation dans l’histoire occidentale, aux doux relents de dynamiques de domination, d’ostracisation, de colonisation. Yummy.

« Chacun/chacune ses goûts ». Certes. Je ne dis pas le contraire, loin de là. Mais quand on s’aventure au coeur de l’intime, comment savoir s’il s’agit de préférence ou de discrimination ? Ces inclinaisons, ici dans le domaine de la sexualité, peuvent difficilement être comparées à un simple goût esthétique, parce que la couleur, le genre, le hors-normatif sont des constructions sociales avant d’être simplement des atouts physiques. Ajoutons ici que les discriminations faites aux minorités de couleur, de genre etc. ont une histoire systémiquement marquée par l’exclusion. Ce qui n’est pas le cas d’une taille, d’une couleur de cheveux, ou d’un bonnet de poitrine.

Mélanger tout ça est un symptôme profond de privilège, c’est important de le réaliser.

« Avoir un style » n’est pas une excuse pour éviter de remettre en question nos préjugés.
Entre aimer et fétichiser, il y a ce qu’il semblerait être une ligne toute fine, mais en réalité, un monde : celui de l’écoute et du respect. C’est faire preuve de bienveillance envers l’humain en question dans son entièreté, envers l’histoire qu’iel porte.
La curiosité, les expériences, les kinks sont sains et nécessaires, à partir du moment où iels ne se font pas au détriment de l’autre. Arrêtons de se considérer les uns-les unes comme des objets de consommation avant tout. Les gens ne sont pas juste des expériences exotiques, à part si accord préalable consenti et éclairé.

Fricoter avec une personne noire en tant que blanc/blanche car l’occasion se présente et que c’est une attirance réciproque, oui. Chercher absolument une personne de couleur pour cette particularité avant le reste… Tu l’as compris, c’est plus touchy.

Ce fragment ne se veut pas moralisateur, mais plutôt amorce de réflexion. Il est important et urgent de commencer à déconstruire toustes ensemble les sous-textes de nos comportements et préférences, en mettant en lumière nos biais culturels intériorisés.
Pour approfondir le sujet, je te recommande le podcast Kiffe ta race #3 « La geisha, la panthère et la gazelle » par Rokhaya Diallo et Grace Ly. Tu peux aussi aller faire un tour sur les comptes instagrams de la.charge.racialepracisées_vs_grinder, ou encore ptrans_vs_grinder. Je préfère, après cette douce amorce, m’effacer, et laisser la parole aux concernées.

C’est déjà fini. Merci à toi de m’avoir écoutée. Je te laisse cette semaine sur du Juke pur Chicago avec DJ Slugo. Bisou, si consentis, et je te dis à la semaine prochaine.

Références :
@la.charge.raciale https://www.instagram.com/p/CHGJA4hA55c/?hl=en
Podcast Kiffe ta race : https://www.binge.audio/podcast/kiffetarace/la-geisha-la-panthere-et-la-gazelle par @rokhayadiallo et @frenchgrace
@pracisees_vs_grindr @ptrans_vs_grindr
@décolonisonslefeminisme


SUICIDE FM #18

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