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NEW WORDS ORDER

LANGAGE / TECHNOLOGIE / CULTURE

NEW WORDS ORDER — cover

NEW WORDS ORDER

À chaque révolution technique, nous inventons une langue pour habiter le monde qu’elle ouvre. Aujourd’hui, l’intelligence artificielle nous offre un dictionnaire en construction permanente, et j’ai retrouvé le plaisir de jouer avec les mots.

Six Super 8 visual chapters about the emergence of new words

Écrit par Xavier Faltot · Septembre 2026

Chapitre 1 — illustration éditoriale

Un monde nouveau cherche ses mots

Je retrouve aujourd’hui une excitation connue à la fin des années 1990, lorsque Internet entrait dans nos vies et que nous apprenions à surfer, chatter, télécharger, bloguer ou créer notre première page personnelle. Ces verbes racontaient autant de nouvelles activités que de nouvelles façons de nous représenter le monde. Nous inventions le vocabulaire en même temps que les usages, avec le sentiment réjouissant de participer à quelque chose d’immense.

L’intelligence artificielle provoque une nouvelle poussée de créativité linguistique. Prompt, token, hallucination, agent, fine-tuning, RAG, contexte, multimodal, vibe coding : certains termes viennent de disciplines anciennes, d’autres changent de sens en entrant dans la conversation quotidienne, et d’autres encore naissent sous nos yeux. Le phénomène est mondial, collectif, désordonné et formidablement vivant.

PROMPTAGENTTOKENRAGVIBE CODINGMULTIMODAL

Ces mots sont intéressants parce qu’ils désignent de nouvelles opérations. Un « prompt » transforme une consigne en interface. Un « agent » évoque un système capable d’enchaîner des actions. Le « vibe coding », expression popularisée par Andrej Karpathy en 2025, donne une identité immédiatement reconnaissable à une pratique émergente : construire du logiciel en dialoguant avec des modèles d’IA. Un bon mot rassemble des gestes jusque-là dispersés et permet à toute une communauté de se reconnaître.

Chapitre 2 — illustration éditoriale

Les mots fabriquent aussi nos idées

La linguistique distingue la néologie, qui étudie notamment la formation de nouveaux mots, et la question plus vaste des relations entre langage et pensée. Les travaux associés à Sapir et Whorf ont ouvert un débat durable sur la relativité linguistique : les catégories de nos langues peuvent influencer certaines de nos habitudes de perception et de raisonnement. Cette influence dépend des situations et ne signifie pas que les mots déterminent entièrement notre pensée. Le chercheur John A. Lucy a précisément contribué à clarifier ces différentes hypothèses.

Ce qui me passionne, dans le vocabulaire de l’IA, c’est ce va-et-vient entre les possibilités et les noms. Nous découvrons une capacité technique, nous cherchons comment l’appeler, puis le mot nous aide à imaginer ses usages. Le langage sert à expliquer, à transmettre, à fédérer et parfois à inventer la suite. Il devient lui-même un outil de production lorsque quelques phrases permettent de spécifier une interface, un programme ou une image.

Hier, nous nommions nos nouveaux outils. Aujourd’hui, nos mots contribuent à les fabriquer.

Chapitre 3 — illustration éditoriale

MySpace, le copier-coller comme école

Je pense à MySpace, au milieu des années 2000. Pour personnaliser une page, nous cherchions des fragments de HTML et de CSS, copiions des blocs, modifiions une couleur, ajoutions une image, un lecteur musical, une typographie parfois franchement discutable. Ce bricolage avait sa propre langue, ses astuces, ses communautés et ses résultats joyeusement chaotiques. Nous apprenions à faire en faisant, poussés par l’envie de donner à notre page une personnalité.

Aujourd’hui, je retrouve ce plaisir avec Python, HTML, des API et des projets trouvés sur GitHub. Je récupère des blocs, je les adapte, je demande à ChatGPT de m’expliquer ce qui m’échappe, puis j’assemble les éléments pour fabriquer mes machines. Chaque nouvelle bibliothèque apporte son vocabulaire ; chaque nouvel outil enrichit la grammaire de ce bricolage contemporain. L’IA accélère l’expérimentation et le copier-coller se transforme en dialogue, avec toujours ce même plaisir de comprendre suffisamment pour détourner, assembler et inventer.

Chapitre 4 — illustration éditoriale

GitHub, dictionnaire vivant

Il suffit de parcourir GitHub pour observer ce festival de mots. LangChain associe le langage à l’idée d’une chaîne de composants ; AutoGPT condense l’automatisation et les modèles GPT ; CrewAI emprunte à l’imaginaire d’une équipe ; Whisper transforme le murmure en nom de système de reconnaissance vocale. Le Model Context Protocol, ou MCP, apporte un nouvel acronyme à la connexion entre applications d’IA, outils et sources de données.

Ces noms sont des raccourcis culturels. Ils expliquent parfois la fonction, suggèrent une méthode, dessinent une personnalité ou rendent un concept technique mémorable. GitHub est une immense pépinière de logiciels et, par conséquent, de néologismes, d’acronymes, de métaphores et de jeux de langage. Les projets sont aussi des définitions exécutables : on peut télécharger un mot, installer ce qu’il désigne et commencer à jouer.

Chapitre 5 — illustration éditoriale

Néotique, néguentropique : la joie de chercher

Deux mots me travaillent en ce moment : « néotique » et « néguentropique ». Le premier m’attire par sa proximité sonore avec « néo », la nouveauté, et avec « noétique », terme lié à la pensée et à la connaissance. Je l’utilise ici comme un mot personnel, un terrain de jeu, plutôt que comme un concept linguistique établi. Le terme précis pour parler de création de mots reste « néologie ». Cette hésitation est déjà intéressante : elle montre comment une sonorité, une racine ou un rapprochement peuvent déclencher une idée.

« Néguentropique » vient d’un autre univers : celui de l’entropie et de la néguentropie, notion mobilisée notamment dans les réflexions d’Erwin Schrödinger sur le vivant. J’y vois une métaphore de mon travail : prélever des éléments dans un immense désordre de possibilités, leur donner des relations, une structure, une fonction et finalement un nom. Il s’agit d’une image créative, et non d’une mesure scientifique de ce que produit l’IA. Le plaisir consiste justement à faire circuler les mots entre les disciplines, à découvrir leur histoire et à éprouver ce qu’ils peuvent devenir.

Chapitre 6 — illustration éditoriale

Trois instants de création : dans le métro, en marchant dans Berlin et au bureau

Cet article s’écrit en mouvement

Je prépare cet article dans le métro, puis je continue à le construire en marchant vers mon bureau. Les idées arrivent entre deux stations, les mots se précisent au fil des rues, et je dialogue avec ChatGPT depuis mon téléphone pour organiser le texte, chercher une expression ou préparer les images. À mon arrivée, je reprends l’ensemble sur mon ordinateur, j’affine la mise en page et je publie. Ce trajet raconte lui aussi l’apparition d’un nouveau vocabulaire : prompter, itérer, générer, assembler. Le travail d’écriture se déplace avec moi, du quai au trottoir, jusqu’à la publication.

Quatre lettres et beaucoup de dopamine

Dans mon atelier numérique, les mots sont devenus des pièces détachées. J’organise mes applications en familles : SONO pour le son, VIDZ pour la vidéo, PICS pour les images, TEXT pour le texte, DATA pour les données, WEAR pour les vêtements, WAVE pour la radio et les flux, RUSH pour la matière audiovisuelle brute. Ensuite, je compose : SONO VIDZ TRSC pour transcrire, VIDZ TURN SHOT pour extraire des plans, WAVE ROAM MINI pour voyager parmi les radios du monde. Ces noms donnent immédiatement une direction à l’interface, au logo et à la fonction.

Je demande régulièrement à ChatGPT de m’aider à chercher des mots de quatre lettres. Il peut proposer rapidement des combinaisons, explorer plusieurs langues, retrouver des étymologies et révéler des associations auxquelles je n’avais pas pensé. J’adore cette puissance combinatoire. Mais le plus grand plaisir arrive quand je trouve moi-même le mot juste : quatre lettres qui claquent, un double sens inattendu, une sonorité qui ressemble déjà à un objet. Ce travail me nourrit d’une bonne dose de dopamine, au sens très concret de l’enthousiasme que je ressens lorsque le nom apparaît.

Ce jeu est devenu une partie essentielle de GOST OPERATOR, mon projet de fabrication d’applications et de machines créatives. Chaque idée déclenche une recherche de vocabulaire ; chaque nom peut suggérer une nouvelle fonction ; chaque machine rejoint un écosystème dont la langue se construit au fur et à mesure. L’IA m’aide à parcourir plus vite le champ des possibles, tandis que je conserve le plaisir de choisir, de détourner et d’inventer.

Une nouvelle machine. Un nouveau geste. Un nouveau mot.

La grande aventure de l’IA se raconte aussi comme une aventure linguistique. Nous inventons les expressions qui nous permettent d’explorer de nouvelles pratiques, de partager des savoir-faire et de nous approprier des technologies toujours plus accessibles. Je retrouve l’énergie des premières pages personnelles et des profils MySpace, démultipliée par des outils capables de transformer une intention formulée en langage en prototype fonctionnel. Et chaque fois qu’une idée de machine me traverse l’esprit, je reviens à ma question préférée : comment vais-je l’appeler ?

Sources & explorations

LANGUAGE / TECHNOLOGY / CULTURE

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NEW WORDS ORDER

Every technological revolution brings a new language for the world it opens up. Artificial intelligence is giving us a dictionary that is constantly being written, and I have rediscovered the pleasure of playing with words.

Six Super 8 visual chapters about the emergence of new words

Written by Xavier Faltot · September 2026

Chapitre 1 — illustration éditoriale

A new world looks for words

I feel the same excitement I remember from the late 1990s, when the internet entered our lives and we learned to surf, chat, download, blog and build our first personal pages. Those verbs described new activities and new ways of imagining the world. We invented the vocabulary alongside the uses, with the exhilarating feeling of taking part in something enormous.

Artificial intelligence is triggering another burst of linguistic creativity. Prompt, token, hallucination, agent, fine-tuning, RAG, context, multimodal, vibe coding: some terms come from older disciplines, others acquire new meanings in everyday conversation, and still others are being born in front of us. The phenomenon is global, collective, messy and wonderfully alive.

PROMPTAGENTTOKENRAGVIBE CODINGMULTIMODAL

These words matter because they name new operations. A “prompt” turns an instruction into an interface. An “agent” suggests a system able to carry out sequences of actions. “Vibe coding,” an expression popularized by Andrej Karpathy in 2025, gives an instantly recognizable identity to an emerging practice: building software through conversations with AI models. A good word gathers previously scattered gestures and helps a community recognize itself.

Chapitre 2 — illustration éditoriale

Words also make our ideas

Linguistics distinguishes neology, the study of new-word formation, from the broader question of how language relates to thought. Work associated with Sapir and Whorf opened a lasting debate about linguistic relativity: the categories of our languages can influence certain habits of perception and reasoning. The effect depends on context and does not mean that words fully determine thought. Researcher John A. Lucy has helped clarify these different hypotheses.

What fascinates me about AI vocabulary is the constant movement between possibilities and names. We discover a technical capability, look for a way to call it, and then the word helps us imagine what it might do. Language explains, transmits, connects people and sometimes helps invent what comes next. It becomes a production tool itself when a few sentences can specify an interface, a program or an image.

Yesterday, we named our new tools. Today, our words help us build them.

Chapitre 3 — illustration éditoriale

MySpace: copy and paste as a school

I think back to MySpace in the mid-2000s. To personalize a page, we hunted for bits of HTML and CSS, copied blocks, changed a color, added an image, a music player and occasionally a truly questionable font. This tinkering had its own language, tricks, communities and gloriously chaotic results. We learned by doing, driven by the desire to make a page feel like ours.

Today I find the same pleasure in Python, HTML, APIs and projects discovered on GitHub. I grab blocks, adapt them, ask ChatGPT to explain what I don’t understand, then assemble the pieces into my own machines. Every library brings its vocabulary; every tool adds to the grammar of contemporary tinkering. AI accelerates experimentation and turns copying and pasting into a conversation, while preserving the pleasure of understanding just enough to remix, connect and invent.

Chapitre 4 — illustration éditoriale

GitHub: a living dictionary

Browse GitHub and you encounter a festival of words. LangChain connects language to the idea of chained components; AutoGPT compresses automation and GPT models into a single name; CrewAI borrows the imagery of a team; Whisper turns a soft voice into the name of a speech-recognition system. The Model Context Protocol, or MCP, adds another acronym to the connections between AI applications, tools and data sources.

These names are cultural shortcuts. They sometimes explain a function, suggest a method, establish a personality or make a technical concept memorable. GitHub is an enormous nursery of software and therefore of neologisms, acronyms, metaphors and wordplay. Its projects are executable definitions: you can download a word, install what it stands for and start playing.

Chapitre 5 — illustration éditoriale

Neotics, negentropy: the joy of searching

Two words have been occupying my mind lately: “neotic” and “negentropic.” The first attracts me through its sound, its proximity to “neo,” meaning new, and to “noetic,” which relates to thought and knowledge. I use “neotic” here as a personal playground rather than an established linguistic concept. The precise term for the creation of new words remains “neology.” That uncertainty is already fascinating: a sound, a root or an unexpected connection can trigger an idea.

“Negentropic” comes from another world: entropy and negentropy, a notion associated in particular with Erwin Schrödinger’s reflections on living systems. For me it becomes a metaphor for my work: taking pieces from a vast disorder of possibilities, giving them relationships, structure, function and finally a name. This is a creative image, not a scientific measurement of what AI produces. The pleasure lies in moving words between disciplines, discovering their histories and testing what they might become.

Chapitre 6 — illustration éditoriale

Three moments of creation: on the subway, walking through Berlin, and at the studio

This article is written in motion

I am preparing this article on the subway, then continuing to build it as I walk to my studio. Ideas arrive between stops, words take shape along the streets, and I talk with ChatGPT on my phone to structure the piece, find an expression, or prepare the images. When I arrive, I pick everything up on my computer, refine the layout, and publish. This journey tells its own story about an emerging vocabulary: prompting, iterating, generating, assembling. The writing moves with me, from platform to pavement, all the way to publication.

Four letters and a lot of dopamine

In my digital workshop, words have become spare parts. I organize my applications into families: SONO for sound, VIDZ for video, PICS for images, TEXT for text, DATA for data, WEAR for clothing, WAVE for radio and streams, and RUSH for raw audiovisual material. Then I compose: SONO VIDZ TRSC for transcription, VIDZ TURN SHOT for extracting individual shots, WAVE ROAM MINI for traveling through radio stations around the world. Each name immediately suggests an interface, a logo and a function.

I regularly ask ChatGPT to help me search for four-letter words. It can quickly suggest combinations, explore several languages, trace etymologies and uncover connections I would never have considered. I love that combinatorial power. But the greatest pleasure comes when I find the right word myself: four letters that snap into place, an unexpected double meaning, a sound that already feels like an object. The process gives me a serious dopamine rush, in the everyday sense of the excitement I feel when the name finally appears.

This game has become an essential part of GOST OPERATOR, my project for building creative applications and machines. Every idea starts a vocabulary hunt; every name can suggest a new function; every machine joins an ecosystem whose language develops as it grows. AI helps me move faster through the possibilities, while I keep the pleasure of choosing, twisting and inventing.

A new machine. A new gesture. A new word.

The great adventure of AI is also a linguistic adventure. We invent expressions that help us explore new practices, share skills and make increasingly accessible technologies our own. I feel the energy of early personal websites and MySpace profiles again, amplified by tools that can turn an intention expressed in ordinary language into a working prototype. And whenever a new machine enters my head, I return to my favorite question: what am I going to call it?

Sources & further exploration

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Xavier Faltot

Xavier Faltot: Media Mutant, brille par ses images expérimentales, mêlant art, technologie, cinéma et poésie. Dès ses débuts avec l’artiste Shu Lea Cheang, il sait capturer et danser avec le réel. Ses œuvres, à la fois provocantes et captivantes, reflètent une compréhension profonde de la globale culture actuelle. Samouraï virtuel multimedia et pionnier français dans l'utilisation des outils offerts par le web, il attend depuis toujours l'arrivée des intelligence artificielles. Aujourd’hui à l’aise avec les machines qui créent en vrai, il joue et fabrique des mondes animés à la carte ou des univers virtuels inconnus. ////// Xavier Faltot: Media Mutant, shines through his experimental images, mixing art, technology, cinema and poetry. From his early work with artist Shu Lea Cheang, he has captured and danced with reality. His works, both provocative and captivating, reflect a deep understanding of today's global culture. A multimedia digital samurai and French pioneer in the use of web tools, he has always awaited the arrival of artificial intelligence. Now at ease with the machines that create the real thing, he plays with and creates bespoke animated worlds or unfamiliar virtual universes.
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