L’IA CHERCHE
UN CORPS
UNE IA DANS UNE FENÊTRE
Depuis trois ans nous parlons à l’intelligence artificielle dans une fenêtre, une grande zone blanche, un curseur, quelques mots tapés sur un clavier et une réponse qui apparaît, une révolution immense installée dans une interface presque invisible qui ressemble encore aux premiers chats de l’internet. Pourtant quelque chose bouge déjà et je le vois partout autour de moi, dans les projets que je suis, dans les machines que je fabrique, sur GitHub, chez les makers, dans les communautés Arduino et Raspberry Pi, chez les roboticiens et maintenant chez les géants de la tech : l’intelligence artificielle cherche un corps.
LE RETOUR DU TAMAGOTCHI
Meta rend cette évolution particulièrement visible avec son petit objet destiné à accompagner un agent IA. La comparaison avec le Tamagotchi raconte beaucoup de choses. Dans les années 1990 nous transportions déjà une créature numérique dans notre poche, quelques pixels enfermés dans un morceau de plastique avec lesquels nous entretenions une relation étonnamment forte. Trente ans plus tard la créature peut parler, écouter, voir, se souvenir, connaître nos habitudes et utiliser des outils. L’objet devient l’adresse physique d’une intelligence.
J’AI CONSTRUIT MON PROPRE JARVIS
Je tombe sur le post d’un maker dont le Jarvis tient dans la paume de la main. Une orbe imprimée en 3D contient un écran, un microphone, une enceinte et une batterie. Elle suit ses sessions Claude, lui parle, répond à ses questions et lui rappelle quand il doit travailler. Sept ou huit heures d’autonomie et voilà une intelligence qui possède soudain une place sur la table, une voix dans la pièce et une existence physique.
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LES MAKERS SONT DÉJÀ DESSUS
Pi Pin, Friend, Bodhi, Molty, Olaf et des dizaines d’autres projets montrent la même envie : prendre les modèles, les micros, les caméras, les moteurs, les Raspberry Pi, les Arduino et les ESP32 et en faire des choses. Une nouvelle faune apparaît et chaque semaine apporte son nouvel animal.
UNE FAUNE QUI APPARAÎT
Le hardware IA commence à ressembler à un bestiaire. Une boule devient compagnon, un pendentif devient mémoire, un petit quadrupède devient animal domestique logiciel. Les plans circulent, les corps s’impriment, les programmes se forkent et les machines commencent à acquérir des caractères.
À BORDEAUX, LE CANARD ARRIVE
Cette histoire passe aussi par Bordeaux où Pollen Robotics développe des robots ouverts et programmables. Après Reachy Mini arrive Microduck, un petit canard robotique bipède équipé de moteurs, d’une caméra et de capteurs. Il marche, tombe, se relève, attrape des objets et apprend de nouveaux comportements. Une technologie issue de décennies de recherche devient une créature que l’on peut programmer, entraîner, transformer et partager.
GOSTOPERATOR : JE SUIS DÉJÀ EN TRAIN DE LE FAIRE
En regardant tous ces objets apparaître je réalise que je travaille depuis des mois exactement dans cette direction. J’ai appelé cela GOSTOPERATOR. Je prends des opérations qui vivent aujourd’hui dans des logiciels et je cherche le corps qu’elles pourraient avoir. Je dessine des machines dédiées, avec leurs boutons, leurs écrans, leurs molettes, leurs contraintes et leur fonction.
RUSH OPERATOR transforme des heures de rushes en matière éditoriale navigable. WAVE ROAM LITE transforme les milliers de radios disponibles sur Internet en voyage physique autour du monde. VIDEO OPERATOR devient un instrument pour jouer des images. TEMPLE matérialise une machine de décision collective. Chaque fois je pars du même endroit : une capacité logicielle existe déjà, alors quelle machine devrait-elle devenir ?
Le logiciel devient la matière première et l’objet devient son interface. L’écran reprend une forme, le bouton retrouve une fonction, la molette correspond à une action précise et la machine annonce immédiatement ce qu’elle permet de faire. Je retrouve quelque chose que j’aime dans les vieux magnétophones, les consoles de montage, les synthétiseurs et les radios : on comprend une partie de leur fonction simplement en regardant leur corps.
LE HOMEBREW COMPUTER CLUB DE L’IA
Raspberry Pi fournit les petits ordinateurs, Arduino et ESP32 donnent accès au monde physique, les imprimantes 3D fabriquent les corps, GitHub distribue les plans, Hugging Face distribue les modèles, Ollama permet d’en faire tourner localement, les caméras deviennent les yeux, les microphones deviennent les oreilles, les haut-parleurs deviennent les bouches et les servomoteurs deviennent les muscles. Toutes ces briques commencent à former un immense Meccano mondial.
DU LOGICIEL À L’OBJET
Pendant quinze ans le smartphone a absorbé presque tous nos objets numériques. Aujourd’hui le numérique recommence à produire des choses. Une intelligence musicale devient une radio, une intelligence destinée à un enfant devient une créature, un agent de production devient une console et un assistant personnel devient une boule posée sur le bureau. La fonction retrouve une forme et la forme crée une relation.
APRÈS LES APPS, LES CHOSES
Nous avons passé quinze ans à nous demander quelle application nous pourrions créer. Je crois que la question qui arrive maintenant est beaucoup plus excitante : quel objet pouvons-nous créer ? Une radio intelligente, une lampe avec une personnalité, un réveil qui connaît notre journée, une caméra qui raconte ce qu’elle regarde, un jouet programmable, un animal artificiel, un synthétiseur habité, une machine éditoriale, un GOSTOPERATOR, une chose dont le nom reste encore à inventer.







