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LE POINT J # 3: REMPLIR LE VIDE EN PHOTO AVEC REN HANG

Qui dit point J, dit mais dit quoi d’ailleurs ? Il serait prétentieux d’essayer de vous faire jouir, j’essayerai donc une nouvelle fois de jouer avec vos imaginaires car des mots naitront, je l’espère, des images.
L’aparté d’aujourd’hui évoquera en effet des photographies, celle d’un artiste chinois du nom de Ren Hang pour qui tout ne s’est pas si bien passé.

Ren Hang pour Beauty Papers Magazine (2016)

Jugé pornographe dans son pays, il ravit les galeries occidentales! Ces photos en rappellent d’autres avant lui, pourtant face à celles-ci, on oublie, on vit quelque chose de différent encore, tout du moins c’est ce que j’ai pu ressentir lors de l’exposition qui lui était consacrée en 2019 à la Maison Européenne de la Photographie.

Ren Hang, exposition Human Love, au Fotografiska Museum de Stockholm (2017)

Un œil de paon une pupille poisson des iris rouge-ongles des sexes-cœurs des mains-sexes une tête vivante en guise d’entre-jambe des plantes pubiennes des corps qui s’entremêlent pour offrir un corps inconnu pourtant déjà familier à deux têtes ou quatre jambes ou peut-être des bras enlacés des bites dressées entourées de boules à facettes parce que l’amour c’est aussi la fête. Oh ! Cette personne a perdu sa tête sous une nuque devenue bras puis corps, des nus corporels dans des décors intérieurs une chambre, l’intimité des murs blancs des flashs de lumière pour une blancheur contrastée par le noir de cheveux parfois recouverts d’un masque-collants colorés.

Ce qui fait sens c’est le sourire sur nos lèvres amusées heureuses de s’agiter comme le vent d’une forêt qui bat les culs-nus dans les herbes hautes ils sont poussés comme des champignons hommes et femmes à l’équilibre entre deux arbres ou devenu.es arbres s’accouplant à un nénuphar excité.es par le serpent jaune et les épines de la rose rouge à lèvres désinvoltes. Elles aiment les pieds les bouches les tiges et les pastèques, elles se retrouvent à l’envers sur quatre pattes dénudées en étoile sur des toits aussi gris que ce ciel pollué entouré des grattes-cieux.


Et si ces corps glissaient puis tombaient ?

« Si la vie est un abîme sans fond, lorsque je sauterai, la chute sans fin sera aussi une manière de voler. » Ces quelques mots écrits par Ren sur son site internet témoignent de la dépression qui l’oppressait depuis plusieurs années et dont il a décidé de se débarrasser, prenant son envol vers un autre monde, où il demeure plus libre. La gravité du tabou et des non-dits en Chine liés à la sexualité et encore plus à l’homosexualité est lourde de conséquences notamment pour la jeunesse qui voyait en Hang de l’espoir face à la répression constante, à l’hypocrisie latente des autorités souhaitant balayer les vices.

Mais de quels vices parlent-ils ?


Ceux-là mêmes qui permettaient à Hang de “remplir le vide de [son] cœur” (pour reprendre ses mots), c’est-à-dire la photographie, l’insouciance frivole, la douceur sans pudeur, un peu d’humour érotique, quelques désirs désinhibés…

Soyons alors vicieux, remplissons aussi ce vide de quelconque soleil qu’il soit tant que celui-ci réchauffe nos cœurs.

Ren Hang pour Numéro Magazine (2019)
Ren Hang pour Standard Magazine (2014)

Le point J par Joséphine Domingues extrait de l’émission SUICIDEFM#11

Retrouvez la galerie des photos de Ren Hang sur sa page Instagram=>ICI

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