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Et un petit tour à Metz et Bordeaux — And we go again finally… // Technikart

LA NIGHT · PARIS BY FALTOT · Technikart, rubrique Culture Clash

Et un petit tour à Metz et Bordeaux — And we go again finally… // Technikart — scan

Ma page « Clubbing » du Technikart, 2003 : dérive en province, retour à Metz, ma ville d’origine, puis Bordeaux avec Scratch Massive en fin de tournée, et le baromètre dans le noir des fêtes du mois.


Transcription

Clubbing • And we go again finally… — Et un petit tour à Metz et Bordeaux

Séjour hors de Paris, dérive en province, histoire de prendre le large. Première étape, Metz, ville d’origine, dédicace à tous les Messins qui, non désireux de consommer de la drogue au sens légal du terme, se cartouchent grave aux produits de substitution. Intronisation dans la ville verte. Vendredi soir, café terrasse, rien que du commun. Retrouvailles des vieux potes dans un appart’. L’atout définitif de la province : les loyers sont bas, les surfaces, énormes. Dans le salon, la jambe posée, la main à cloper, du vin coule dans mon verre. Au bout du sixième, une sorte de happening à grands renforts d’anecdotes est organisé. D’un petit sachet tombent sur la table des cachous marrons. En réalité, ce sont des graines de liane argentées envoyées par un pote de la Réunion. Leur effet après ingestion est dévastateur. « C’est très proche du LSD, tu vas voir, c’est mortel », me confie un pote de lycée. Eric, à ma droite, ingénieur en génie informatique lance : « Je vais en prendre une alors ! » On lui rétorque : « Normalement, il en faut quatre pour bien planer, mais si t’en n’avales qu’une tu vas quand même rigoler. » Il fait mine que, pour lui, ça suffit, il est particulièrement réceptif à ce genre de produit, un café et il vous rédige la déclaration des Droits de l’homme. Un autre verre de ce Riesling et je suis définitivement lyrique. Enchaînement. Un autre ancien pote, étudiant en médecine, vide sur la table sa dernière plaquette de Propofan, un produit qu’ils se sont tous mis dans la tête au moment de leurs examens. Depuis, ils sont limite accros, mais ça marche. « Parfait avec les graines… Smooth mais pas trop transe. Ils sont bons, là ! » Sur mon fauteuil, voilà une dizaine de minutes que je commence doucement à constater les effets des pastilles bio. Ils sont ivres de travers, enclin à décoller vers des blagues du domaine de l’oxymore. Truth is truth face aux drogues. À ma gauche, un mec, Bastien s’est enfilé trois graines. Pour lui, c’est une première en matière d’intoxication psychométaphorique. Il a des abscences toutes les dix minutes. « Ça va ? » Le truc qui met bien. Il me répond par un sourire, il est en phase de cotonification. Il est bien mais, parfois, ses pensées le dépassent. Il est cool, mais transpirant. À court de blagues qui sauvent, je propose un mouvement collectif. Même s’ils m’ont convaincu que Metz était en pleine émulation (nouveaux lieux, nouveaux médias et réelles ambitions de faire bouger les choses), je reste un peu perplexe quant à l’ambiance du nouveau Zen Bar. Whaou ! Il y a un an, c’était encore limite de rentrer quelque part en baskets. On arrive dans un ancien local de cow-boy, version tables et chaises en bois. Mais surprise, il est tout boboïfié, partout des tentures couleurs pastel, bleu, rose, violet. Le son est lounge, presque chic. Heureusement, mes amis sont naturels. Ils sont eux et c’est plutôt drôle, avec peut-être des soucis mais ils n’en font pas leur actualité. On est là pour rigoler. Bière, vodka et compagnie, le serveur fait la gueule, il est jeune et beau, je suis mort de rire. Autour de moi, des filles à franges, portant dans les talons le treillis. Le top du top, c’est la mèche décolorée, elles appellent ça la « touche vanille ». Les mecs sont Tony and Guy style, destructurés et gominés. Revival 2001. Complètement bourré, je me trouve presque ringard face à cette rétro-branchitude : ils ne comprennent pas mes codes, ma veste n’est même pas militaire, je ne porte pas les Puma de Patrice de la Star Ac’. Je suis nul. Un tour dehors, on me confie : « la weed est bonne ici aussi ». Je respire. Inside again. Je m’éclate : double vodka on the rocks. Je me dis aussi qu’en rentrant, j’irai faire un tour sur azarius.com. Semaine suivante à Bordeaux, parti rejoindre les Scratch Massive en fin de tournée. Énorme claque sonore et alcoolique au Zoobizarre. Je souris, comme à Metz, ils flippent avec Sarkozy mais, comme à Metz, ils ont trouvé leurs alternatives. Rouge, vraiment débordelant, j’intériorise : fun will never stop et le naturel existe, merci la France. J’écoute Maud et Seb dans le TGV vers Paris. La gueule en bois, ils confirment : ils ont bien rigolé mais la droite, c’est définitivement mauvais pour la fête. — XF

Baromètre dans le noir

  • La fête la plus ivre : fête de la bière signée Nova Régie à Pigalle.
  • La fête où l’on a le plus attendu à l’entrée : la « Johnson » à Madeleine.
  • La fête la plus sportive : « Set » au Kart.
  • La fête la plus sexe : « MasterMind » au Hustler.
  • La fête la plus branchée : « Trax » à la Scala.
  • La fête la plus hardcore to come in : Madonna à la Cantine.

Big up to Agnès b, Guillaume et Pascal.


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Retour de bâton : le contre-article dans Les Inrockuptibles

Ce petit tour à Metz ne passe pas inaperçu : dans Les Inrockuptibles (2003, numéros 392 à 399, page 14), Nicolas de Meissas répond à la chronique et me « trashe » en beauté. Je me fais allumer, et c’est un honneur : être lu au point d’être démonté par les Inrocks, c’est aussi ça, la night.

Dans le magazine, la lettre s’ouvre ainsi : « Xavier Faltot de Technikart, et de Paris, alors comme ça, tu es rentré faire un petit tour à Metz, ta « ville d’origine »… » (Les Inrockuptibles, page 14, sur Google Livres ↗). Voici le texte complet tel qu’il m’est parvenu.

Petite sémiologie du Faltot style, par Nicolas de Meissas (page 1)
Petite sémiologie du Faltot style, par Nicolas de Meissas (page 2)

Transcription : « Petite sémiologie du Faltot style »

Chez Xavier Faltot, il n’y a pas que le pantalon qui tombe : c’est tout le langage qui part en sucette. Bienvenue dans sa cour de récréation.

Vous vous êtes peut-être déjà fait cette remarque : sous la plume de l’inénarrable chroniqueur nocturne de « Technikart », la nuit, celle qu’on connaît tous, cette obscurité si singulière qui induit des comportements étranges et qui a fait tant parler les poètes, eh bien ce n’est plus que la « night », étant entendu que la night c’est la nuit réduite au nightclubbing, la nuit réduite à la petite vie microscopiculaire de Xavier Faltot. La life, c’est la même chose : la vie, oui, mais réduite à l’infinitésimale vie de Faltot. C’est une langue auto-référencielle, purement et simplement. Le style Faltot est un broyeur du langage. Les mots n’ont plus de sens, ils ne valent que dans la mesure où ils font référence à un usage branché de la langue ; ou encore : ils se contentent de signifier l’appartenance de Faltot à un certain monde. Ce ne sont plus que des codes et des signaux, qui ont ceci d’infantile que par eux le journaliste de Technikart hurle son désir d’être aimé à la face d’un monde qui n’en a rien à foutre. Pas besoin de se creuser pour les exemples : première phrase de sa dernière chronique : « Séjour hors de Paris, dérive en province, histoire de prendre le large ». Que veut dire « Prendre le large » ? Sous une autre plume, ça pourrait avoir du sens. Cette expression apparaît comme une explication de « dérive en province ». Mais en fait, pas du tout : les deux expressions, au lieu de s’éclairer l’une l’autre, ne font que répéter la même idée, dont on mesure à cette redondance l’infinie platitude. « Prendre le large » n’ajoute pas un gramme de sens à la phrase. De sorte que les deux groupes de mots sont parfaitement réversibles, et que notre chroniqueur aurait pu écrire : « Prendre le large en province, histoire de dériver », ou encore « prendre le large, histoire de prendre le large », ou « partir, histoire de partir » (où toutefois la tautologie aurait paru assez fine, puisqu’elle aurait pu vouloir dire, par exemple, que ce voyage trouvait en lui-même, en tant que voyage, sa raison d’être, et qu’il n’y avait pas besoin de chercher d’autre justification).

Autre exemple, piqué dans la même chronique : dans cette province lointaine où Faltot, pour dériver, est allé prendre le large, ou vice-versa, « heureusement, (ses) amis sont naturels ». Toutefois, quelques lignes plus loin, les ploucs metzains « ne comprennent pas « ses » codes ». Faltot peut tout dire et son contraire : sans s’en apercevoir, il nous dit que le soi-disant « naturel » de ses amis, ça n’est qu’une communauté de codes (parisiano-parisiens) que dans son étroitesse d’esprit et son incapacité à « prendre le large », justement, ils prend pour des comportements naturels. D’ailleurs, éclatante conclusion de Xav : « fun will never stop et le naturel existe, merci la France ». Bon, c’est sûr, ce n’est pas très clair, cette phrase, puisqu’on ne voit pas le rapport entre chacune des propositions. La France profonde, garante du « naturel » ? Ou révélatrice de son propre « naturel » à lui ? En tout cas, c’était bien la peine de prendre le large, puisque ça n’aura servi qu’à donner une valeur « naturelle » à ces codes auxquels les ploucs ne comprennent rien, et donc à légitimer un peu plus l’étroitesse collégienne du « style de life » de notre énergumène. Faltot fait un aveu de taille : il est incapable de « dériver » comme de « prendre le large », il est comme scotché à un ensemble d’habitudes et de codes qu’il prend pour la nature même.

Bref, en résumer, le style de Faltot, c’est tout connement la trouille du langage. Une langue qui se réfugie tant qu’elle peut dans un verbiage autorisé par la hype. Qui se réduit à un ensemble de clin d’œil destinés à sa tribu, avec laquelle sa connivence, présupposée à chaque mot, le dispense de produire un sens. Il n’a qu’à cligner de l’œil, et il s’imagine qu’il a produit du sens, alors qu’il ne fait ainsi que reproduire ses codes grégaires. Le naturel n’existe pas, mon pote, toi qui dans tes dérives es allé au Japon aurais dû t’en rendre compte : l’idée de naturel ferait beaucoup rire un japonais. On est « naturel » avec quelqu’un quand on a les mêmes codes. Enfin, on pourrait te pardonner si tu te cassais vraiment ; mais même quand tu annonces, avec un air de dire vraiment quelque chose, que tu t’en vas, ça encore, c’est de l’intox. Il n’y a pas à dire : tu es définitivement incapable de « prendre le large ».

Nicolas de Meissas

« Contre article, publié dans les Inrocks à l’époque. Sourire. Merci. » Page 1 sur Facebook ↗ · Page 2 sur Facebook ↗

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Xavier Faltot

Xavier Faltot est producteur multimédia, installé à Berlin. Depuis plus de vingt ans, il traverse la radio, l'image et le web avec une approche de média mutant : il a débuté aux côtés de l'artiste Shu Lea Cheang, fondé la webradio parisienne Radiomarais et animé pendant une quinzaine d'années des lieux culturels comme la Station et le Consulat, en mêlant art, technologie, cinéma et poésie. Pionnier des usages créatifs du web, il fabrique aujourd'hui avec l'intelligence artificielle des images, des voix et des instruments sur mesure, comme TEXT OPERATOR et La Carte des fuites, conçus pour écrire Maison Fluid, son traité de parentalité fluide à paraître le 25 juillet 2027. ////// Xavier Faltot is a multimedia producer based in Berlin. For more than twenty years he has moved through radio, image and the web as a media mutant: he started out alongside artist Shu Lea Cheang, founded the Parisian web radio Radiomarais and spent some fifteen years running cultural venues such as la Station and le Consulat, blending art, technology, cinema and poetry. A pioneer of creative uses of the web, he now builds images, voices and custom instruments with artificial intelligence, such as TEXT OPERATOR and La Carte des fuites, designed to write Maison Fluid, his treatise on fluid parenting, out on 25 July 2027.
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