REVUE DE PRESSE · WAD · MICROCOSMOS

Première page de « Microcosmos » dans WAD : on demande à un squatteur des nuits parisiennes de dévoiler les dessous de son milieu. Les branchés existent-ils ? Réponses de Vix, Nat Est, Artus, Philippe Lévy, Ariel Wizman, Aurélie Reverier…
Transcription
Microcosmos — texte Xavier Faltot
Nous avons demandé à un squatteur des nuits et des fêtes parisiennes de dévoiler les dessous de son milieu. Les branchés existent-ils ?
Tout commence par l’envie de se distinguer, ne pas être comme les autres, ne pas ressembler au blanc bec avec son costard ou cette fashion victim en total look H&M. Le branché est lui, pour ne surtout pas être un autre. On touche là au culte de la personnalité. La vie du branché va d’ailleurs être la quête de sa propre découverte. Rencontres après rencontres, voyages après voyages, de magazines en coups de fils, il se découvre une réelle humanité et se met à créer sa personnalité, car il a la conviction qu’il a quelque chose à faire sur cette Terre. On nage en plein Star Wars : les branchés sont des Luc en puissance, face à des Dark Vador qui incarneraient la normalité. Le mec qui s’est fait enrôler par le système. Chaque jour devient alors un nouveau combat contre un ennemi présent à chaque coin de rue. Le terme « révolution » occupe une place centrale dans sa philosophie, car tout n’est que rébellion contre tout ce qui peut se figer. Le branché court après le temps qui use. Dans cette spirale vers la mort, il rencontre des gens, il croise, il potise, il baise, il rit, mais il ne pleure pas, et il finit par être suivi par une myriade de satellites. Ondes positives, ondes négatives, météorites, comètes… tout un univers pour un soleil. Profiteurs ou amis, ils font la branchitude. Ce sont aussi eux les branchés, ils sont connectés à l’énergie, à ce qu’ils vont pouvoir vendre ou vivre par procuration. Car il existe deux catégories de branchés : les actifs et les passifs. Les actifs sont les mécènes, les promoteurs, ils portent le talent sur leurs épaules. Ils montrent, il parlent, ils font fructifier le phénomène tout en rendant service ; c’est un échange qui se monnaie… Quant aux passifs, ce sont les suiveurs, les pas-créatifs, ceux qui aiment juste la présence de tout plein de gens qui brillent autour d’eux… Toute cette galaxie constitue une opinion, un courant qui suscite l’envie et qui devient potentiellement lucratif. La population tout entière commence à se dire que le changement a du bon. Vous connaissez la suite.
De gauche à droite, de haut en bas : Matthias Van Kache, Ora-Ito, le post-it de Ramdane (« La branchitude ? Il aurait fallu une photo de fosse commune pour l’illustrer… à la rigueur une fosse sceptique… L’avantage de la mode ça se démode… »), J.C. de Castelbajac tout en peinture, invitation à la Ré-création de la MJC (Pedro Winter, DJ Feadz, Mr Oizo, Damon, DJ Amok and Joy-Rocks), Damien Raclot, Pascal, disque Space Invaders, et Christophe Vix.
Être branché c’est quoi :
- Vix (journaliste activiste) : « La magnétisation a du bon, l’imitation tue… Ce que les magazines te montrent c’est pour t’inspirer… pas pour copier ! Le but ultime du branché, c’est de le rester ».
- Nat Est (drôle de dame) : « Je ne comprends pas la question, elle m’énerve même fortement. Le concept de branchitude, c’est du vent. Il s’agit d’un concept aussi vide que le contenu qu’il prétend désigner, des individus ou des médias qui cherchent ailleurs les idées qu’ils n’ont pas… »
- Artus (artiste) : « C’est un tas de boue avec un crapaud qui en sort de temps en temps ».
- Phillipe Levy (mélomane) : « Les fashions victims ne disent rien, elles suivent. Elles pensent détenir la vérité, parce qu’elles sont du goût du jour, mais on s’en fout… »
- Matthias Van Kache (comédien) : « Adorer, tuer, être versatile ».
- Ariel Wizman (catcheur) : « C’est ne pas se contenter, c’est être difficile et inquiet du conformisme ambiant… »
- Aurélie Reverier (portail mode à elle toute seule) : « Le passif est un vrai-faux branché qui attend que les vrais de vrais aient lancé une tendance 3T (très très très) pour se l’approprier. Sur l’échelle de Branchter, il ne dépasse pas le grade 5. L’actif est une denrée rare, tellement en avance sur ses compères qu’il peut paraître ring’ ou trop marginal. Question de goût. »
- Damien Raclot (journaliste Kia la Niak) : « Être branché c’est être clitoridien, c’est s’exciter sur le moindre remou d’un membre actif… »
La branchitude vue de l’intérieur :
- Marc Alain Descamps (philosophe) : « Elle est socialement la forme magnifiée de l’instabilité ».
- Jean Cocteau (Pygmalion) : « Elle permet de se mêler sans se confondre ».
- Andy Warhol (victime d’une appendicite) : « Je fais très sérieusement des choses artificielles ».







