LA NIGHT · CHRONIQUES 1999-2004LA REVUE DE PRESSELE CLUBLES ARTICLES DANS LA PRESSEPARISPRESSETechnikart

2002.12.19.10h34 — Et si 2003 ne ressemblait pas à 2002 ? // Technikart #69

LA NIGHT · PARIS BY FALTOT · Technikart, rubrique Culture Clash

2002.12.19.10h34 — Et si 2003 ne ressemblait pas à 2002 ? // Technikart #69 — scan

Ma page « Globbing » du Technikart n°69 : entre Barcelone, Amsterdam, Londres et les mails reçus de São Paulo pendant la Red Bull Music Academy, une déclaration d’amour au passage de 2002 à 2003.


Transcription

Globbing • Et si 2003 ne ressemblait pas à 2002 ? — 2002.12.19.10h34

Je ferme les yeux et laisse mon corps choir… je tombe… Ma vie défile… Je suis détendu, plein de sérotonine, je viens de jouir. Aujourd’hui, elle est à mes côtés, quelle beauté, quel naturel, à quoi ça sert de réfléchir pour ne rien penser ? Il n’y a que l’action qui paie. Ce mois-ci, elle est partie à São Paulo. Seul moyen de ne pas trop angoisser, se barrer. Jamais cela ne m’était arrivé, vibrer, donner, m’oublier. « Je t’aime » dans l’oreille, elle dort ou fait semblant, sa bouche me sourit. Encore une auto-injection de dopamine… Merde, merde, merde, je suis trop sensible. Je me souviens de nos coups de fil pendant ma semaine à Barcelone, je me rappelle « Mini Mission », ma Mini Cooper S, son son avec moi, les « MTV Music Awards », Puff Daddy, Eminem, Moby, Marilyn Manson et, surtout, cette nuit où j’ai saturé son répondeur… Flashback : nous sommes le mardi 12 novembre, je sors de l’avant-première de « 8 Mile », le film de, sur et avec Eminem. Je suis en compagnie de Seb Prieto dans un bar à absynthe, le Marsella (Carrer de Sant Pau) et « Bang Bang Rock Da Nation », je dérape et toaste environ une heure. Sacrément bon, le poison. Sur l’oreiller, elle se retourne, me lèche la lèvre inférieure. Toujours en transe, je lâche prise. Plus hip hop que jamais, je suis de retour à Paris. Surprise dans l’oreille chez 99 et à la Scène, quelques uns me glissent un « Continue, c’est bien, il faut des gens comme toi… » Cinq ans que j’attendais un truc pareil. Je ferme les yeux, je danse heureux, merci. Gnougnou est au Brésil. Les boules, vingt et un jours d’abstinence sexuelle. Amsterdam ! Il me faut bien ça pour décompresser. Le 26 novembre in dem Thalys, je me rase, me parfume. Il est 22h00, j’ai 80 € en poche, je suis dans la rue, ma langue fait de la buée, c’est sûr, mes poumons vont morfler. Je suis en l’air, conscient, inconscient, plus de filtre, je monte sans cesse, c’est bon. Maintenant, ses fesses dégagent un courant ascendant, je bande, me retourne pour ne pas y retourner. Elle me sent chaleureux, se blottit contre moi, gnou-gnoute dans mon lob, elle doit encore rêver de la RedBull Academy.

Extraits maileux reçus pendant son séjour trop loin de moi : « C’est un truc de malades. Une sorte de grande villa de la création, gardée comme un bunker. Haute technologie partout, des Mac dernier cri à en pleuvoir, des platines partout, des chill out, des machines, des claviers, des tables de mixage de toutes sortes, des DJs et drummers brésiliens à disposition pour apprendre ce que tu veux (scratchs, samba, etc.), des internationaux aussi. On hallucine : tout ça pour nous ? Là, il y a un grand barbecue dans le jardin, très cool, même s’il me manque un peu mes amis. Je n’ai, de ma vie, vu quelque chose d’aussi grand, on est tout petit, babe… Hier, j’étais sur le toit d’un immeuble : massage, hammam, avec vue sur la ville. L’orage enveloppait petit à petit São Paulo, vision d’apocalypse totale, tours à perte de vue, blade runner, c’est difficile à expliquer, rien à voir avec une autre ville, comment a-t-on pu construire une telle cité ? J’aurai voulu que tu sois là, à côté de moi, à contempler la fin du monde, les nuages inquiétants piégeant ces armées de tours. My god… » Elle est bien mais moi, toujours à cran.

Vendredi 29, 14h00, j’arrive à Paris complètement fumé. Heureusement, à 22h23, je suis à Londres. C’est l’anniversaire du label de Fabric. Dans trois jours, elle sera de retour et c’est franchement pas du luxe. Paris tous les deux, c’est plus heureux. Elle ouvre un œil, la bouche et laisse échapper « Je t’aime ». J’aime et je me dit que sortir c’est bien, mais s’épanouir et aimer, c’est quand même vachement plus sympa. — Xavier Faltot

Et pendant ce temps au Pulp…

Big up to Lacoste • Jean-Charles de Castelbajac • Agnès b. • Thalys • Fabric à Londres • Radio Nova • Sony • Sébastien Prieto • Mini Cooper • Lam Hua • Olivier Nicklaus. Texte et quicktime : jaimelanuit@hotmail.com • Plus de photos sur D-I-R-T-Y.com


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Xavier Faltot

Xavier Faltot est producteur multimédia, installé à Berlin. Depuis plus de vingt ans, il traverse la radio, l'image et le web avec une approche de média mutant : il a débuté aux côtés de l'artiste Shu Lea Cheang, fondé la webradio parisienne Radiomarais et animé pendant une quinzaine d'années des lieux culturels comme la Station et le Consulat, en mêlant art, technologie, cinéma et poésie. Pionnier des usages créatifs du web, il fabrique aujourd'hui avec l'intelligence artificielle des images, des voix et des instruments sur mesure, comme TEXT OPERATOR et La Carte des fuites, conçus pour écrire Maison Fluid, son traité de parentalité fluide à paraître le 25 juillet 2027. ////// Xavier Faltot is a multimedia producer based in Berlin. For more than twenty years he has moved through radio, image and the web as a media mutant: he started out alongside artist Shu Lea Cheang, founded the Parisian web radio Radiomarais and spent some fifteen years running cultural venues such as la Station and le Consulat, blending art, technology, cinema and poetry. A pioneer of creative uses of the web, he now builds images, voices and custom instruments with artificial intelligence, such as TEXT OPERATOR and La Carte des fuites, designed to write Maison Fluid, his treatise on fluid parenting, out on 25 July 2027.
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