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Les branchés existent-ils ? — Microcosmos // WAD

REVUE DE PRESSE · WAD · MICROCOSMOS

Mon dossier « Microcosmos » dans WAD (octobre 2001), sur deux pages : nous avons demandé à un squatteur des nuits parisiennes de dévoiler les dessous de son milieu. Les branchés existent-ils ? Réponses de Vix, Nat Est, Artus, Philippe Lévy, Ariel Wizman, Aurélie Reverier, Ora-Ito, Zevs, Ramdane, Patrick Williams et Aurore Leblanc.


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Les branchés existent-ils ? — Microcosmos // WAD — scan

Microcosmos — texte Xavier Faltot

Nous avons demandé à un squatteur des nuits et des fêtes parisiennes de dévoiler les dessous de son milieu. Les branchés existent-ils ?

Tout commence par l’envie de se distinguer, ne pas être comme les autres, ne pas ressembler au blanc bec avec son costard ou cette fashion victim en total look H&M. Le branché est lui, pour ne surtout pas être un autre. On touche là au culte de la personnalité. La vie du branché va d’ailleurs être la quête de sa propre découverte. Rencontres après rencontres, voyages après voyages, de magazines en coups de fils, il se découvre une réelle humanité et se met à créer sa personnalité, car il a la conviction qu’il a quelque chose à faire sur cette Terre. On nage en plein Star Wars : les branchés sont des Luc en puissance, face à des Dark Vador qui incarneraient la normalité. Le mec qui s’est fait enrôler par le système. Chaque jour devient alors un nouveau combat contre un ennemi présent à chaque coin de rue. Le terme « révolution » occupe une place centrale dans sa philosophie, car tout n’est que rébellion contre tout ce qui peut se figer. Le branché court après le temps qui use. Dans cette spirale vers la mort, il rencontre des gens, il croise, il potise, il baise, il rit, mais il ne pleure pas, et il finit par être suivi par une myriade de satellites. Ondes positives, ondes négatives, météorites, comètes… tout un univers pour un soleil. Profiteurs ou amis, ils font la branchitude. Ce sont aussi eux les branchés, ils sont connectés à l’énergie, à ce qu’ils vont pouvoir vendre ou vivre par procuration. Car il existe deux catégories de branchés : les actifs et les passifs. Les actifs sont les mécènes, les promoteurs, ils portent le talent sur leurs épaules. Ils montrent, il parlent, ils font fructifier le phénomène tout en rendant service ; c’est un échange qui se monnaie… Quant aux passifs, ce sont les suiveurs, les pas-créatifs, ceux qui aiment juste la présence de tout plein de gens qui brillent autour d’eux… Toute cette galaxie constitue une opinion, un courant qui suscite l’envie et qui devient potentiellement lucratif. La population tout entière commence à se dire que le changement a du bon. Vous connaissez la suite.

De gauche à droite, de haut en bas : Matthias Van Kache, Ora-Ito, le post-it de Ramdane (« La branchitude ? Il aurait fallu une photo de fosse commune pour l’illustrer… à la rigueur une fosse sceptique… L’avantage de la mode ça se démode… »), J.C. de Castelbajac tout en peinture, invitation à la Ré-création de la MJC (Pedro Winter, DJ Feadz, Mr Oizo, Damon, DJ Amok and Joy-Rocks), Damien Raclot, Pascal, disque Space Invaders, et Christophe Vix.

Être branché c’est quoi :

  • Vix (journaliste activiste) : « La magnétisation a du bon, l’imitation tue… Ce que les magazines te montrent c’est pour t’inspirer… pas pour copier ! Le but ultime du branché, c’est de le rester ».
  • Nat Est (drôle de dame) : « Je ne comprends pas la question, elle m’énerve même fortement. Le concept de branchitude, c’est du vent. Il s’agit d’un concept aussi vide que le contenu qu’il prétend désigner, des individus ou des médias qui cherchent ailleurs les idées qu’ils n’ont pas… »
  • Artus (artiste) : « C’est un tas de boue avec un crapaud qui en sort de temps en temps ».
  • Phillipe Levy (mélomane) : « Les fashions victims ne disent rien, elles suivent. Elles pensent détenir la vérité, parce qu’elles sont du goût du jour, mais on s’en fout… »
  • Matthias Van Kache (comédien) : « Adorer, tuer, être versatile ».
  • Ariel Wizman (catcheur) : « C’est ne pas se contenter, c’est être difficile et inquiet du conformisme ambiant… »
  • Aurélie Reverier (portail mode à elle toute seule) : « Le passif est un vrai-faux branché qui attend que les vrais de vrais aient lancé une tendance 3T (très très très) pour se l’approprier. Sur l’échelle de Branchter, il ne dépasse pas le grade 5. L’actif est une denrée rare, tellement en avance sur ses compères qu’il peut paraître ring’ ou trop marginal. Question de goût. »
  • Damien Raclot (journaliste Kia la Niak) : « Être branché c’est être clitoridien, c’est s’exciter sur le moindre remou d’un membre actif… »

La branchitude vue de l’intérieur :

  • Marc Alain Descamps (philosophe) : « Elle est socialement la forme magnifiée de l’instabilité ».
  • Jean Cocteau (Pygmalion) : « Elle permet de se mêler sans se confondre ».
  • Andy Warhol (victime d’une appendicite) : « Je fais très sérieusement des choses artificielles ».

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…Microcosmos (suite)

Anecdotes branchées :

  • Phillipe Combres, Ora Ito et leurs amis se sont fait refouler de chez Maxim’s par Léo pour la soirée d’Emmanuel S et Albert de Paris parce qu’ils portaient des jeans…
  • Anonyme (forcément) : « Quand je veux aller à un vernissage et faire correctement mon travail, je dois me déguiser sinon tout le monde me reconnaît et je ne peux rien faire… Les « saluts », les « ça va »… Ça me fait rater l’essentiel de l’expo ».
  • Ora-Ito : « Je suis plus qu’un buzz… »

De gauche à droite, de haut en bas : Philippe Combres, Nathalie Est de dos, Yorgo garagiste anglais made in France, Yi, Aurore Leblanc par elle-même, Bulle graphiste de demain, photo de Jacques Luconte par Philippe Levy, signature de Ramdane. Photo Renata Di Marco.

Humour et branchitude :

  • Zevs (activiste urbain) : « On ne peut pas être drôle et branché ».
  • Vix (éleveur de chat) : « La dérision est omniprésente, la branchitude est cynique, sarcastique, acide ».
  • Phillipe Levy (réalisateur photographe) : « Il faut être étonné mais pas naïf… C’est une fausse famille, elle donne des repères, mais c’est pas sur elle que tu peux compter… Il ne faut pas se laisser aliéner par la branchitude, il faut la vivre comme un plus culturel et festif… Ça permet des rencontres, mais ça ne doit pas être un terrain de prédilection. Écoute ça, ça va te plaire… »
  • Ramdane (bourasque en japonais) : « Me faire détester m’amène de l’énergie. Je pense avoir créé une nouvelle branchitude, un nouveau style proche de l’Arlésienne, inattendu, différent, qui fait peur et qui est lucratif… Détestez-moi, détestez la mode, c’est ça la hype ! »
  • Patrick Williams (Technikart) : « Si branché, ça veut dire rester ouvert, curieux, capable de se remettre en question, de voir ce qu’il y a de vivant et subversif dans les formes toujours renouvelées de la culture populaire, alors on peut vieillir et rester branché, simplement parce qu’on cherche « l’or du temps ». Mais dans ce cas, il ne s’agit pas tant d’être branché que vivant et bandant, chercher la vie vivante, et pas celle moribonde qui accompagne toutes les résignations et les renoncements ».

Amour et branchitude :

  • Zevs (activiste urbain) : « Soit le couple devient super-branché soit les deux protagonistes disparaissent… Il faut savoir contrôler la double branchitude… »
  • Aurore Leblanc (FG, Tribeca) : Règle n° 1 : le branché tomberait bien amoureux de vous, mais vous affichez un no-look affligeant. Il va essayer de vous relooker, NE VOUS LAISSEZ PAS FAIRE ! Règle n° 2 : votre nouvel amoureux refuse de dîner dans votre restau préféré, sous prétexte que le mobilier n’est pas désigné par Marc Newson… Quittez-le sur le champ ! (anyway il vous quittera, sous prétexte que vous n’êtes pas assez branché(e) pour lui). Règle n° 3 : pour sortir avec un branché, lisez WAD et faites des fiches ! Téléchargez sur votre Visor et consultez discrètement pendant les dîners.

C’est signé, c’est Xavier…


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Xavier Faltot

Xavier Faltot est producteur multimédia, installé à Berlin. Depuis plus de vingt ans, il traverse la radio, l'image et le web avec une approche de média mutant : il a débuté aux côtés de l'artiste Shu Lea Cheang, fondé la webradio parisienne Radiomarais et animé pendant une quinzaine d'années des lieux culturels comme la Station et le Consulat, en mêlant art, technologie, cinéma et poésie. Pionnier des usages créatifs du web, il fabrique aujourd'hui avec l'intelligence artificielle des images, des voix et des instruments sur mesure, comme TEXT OPERATOR et La Carte des fuites, conçus pour écrire Maison Fluid, son traité de parentalité fluide à paraître le 25 juillet 2027. ////// Xavier Faltot is a multimedia producer based in Berlin. For more than twenty years he has moved through radio, image and the web as a media mutant: he started out alongside artist Shu Lea Cheang, founded the Parisian web radio Radiomarais and spent some fifteen years running cultural venues such as la Station and le Consulat, blending art, technology, cinema and poetry. A pioneer of creative uses of the web, he now builds images, voices and custom instruments with artificial intelligence, such as TEXT OPERATOR and La Carte des fuites, designed to write Maison Fluid, his treatise on fluid parenting, out on 25 July 2027.
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